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Text on one page: Few Medium Many
Il ne s'obstina pas à courir une seconde fois la
chance du concours, et se laissa aller à la passion qui l'entraînait vers
la poésie.

L'envergure de son esprit lui permit d'embrasser tous les genres à
la fois: «Il fut,» disent les Chinois, «éloquent, sublime, délicat,
brillant.» Il aimait la nature par dessus tout, et son plus grand bonheur
était de la chanter. Avec moins d'étrangeté, moins d'imprévus, les poésies
de Thou-Fou sont presque aussi pittoresques que celles de Li-Tai-Pé,
le grand ami qu'il proclamait son maître; elles sont plus aisément
traduisibles ayant plus de naturel, de tendresse compatissante, d'émotion
devant les douleurs de l'humanité. Lisez ce poème qui est un de ses
meilleurs:


LE BEAU PALAIS DE JADE


«En faisant mille circuits, le ruisseau court, sous les sapins, entre
lesquels le vent s'allonge.

«Les rats gris s'enfuient vers les vieilles tuiles.

«À quel roi fut ce palais, on ne le sait plus. Le toit, avec les
murailles, au pied de ce rocher à pic, tout est tombé. Les Feux-Esprits,
nés du sang des soldats tués, hantent la ruine. Sur la route détruite,
les sources qui s'écoulent, semblent sangloter des regrets...

«Et du bruit de toutes ces eaux vives, les échos forment une véritable
musique. La couleur de l'automne jette sa douce mélancolie sur toutes
choses.

«Hélas! la beauté de celles, qui, là furent belles, devient maintenant
de la poussière jaune...

«À quoi servit, alors, d'admirer le charme factice du fard et même la
vraie beauté qui s'en ornait, non moins que lui, éphémère!...

«Et ce roi! qu'est devenue la garde fringante qui accompagnait son
char doré!...

«De tant de biens, de tant de créatures, que lui reste-t-il
aujourd'hui?... Rien de plus qu'un cheval de pierre sur son tombeau.

«Une profonde mélancolie me vient; sur la natte que m'offre l'herbe
douce, je m'assieds. Je commence à chanter.... Mes larmes, qui débordent
mouillent mes mains, me suffoquent...

«Hélas, tour à tour, chacun s'avance sur le chemin. Et tous savent
bientôt qu'il ne conduit à rien.»

En voici une de Li-Tai-Pé, intitulée:

JEUNESSE


«L'insouciant jeune homme qui habite sur le chemin des tombes
impériales non loin du Marché d'or de l'est, sort de sa demeure au pas
cadencé de son cheval blanc sellé d'argent. Puis il le lance au galop à
travers le vent printanier.

«Sous les sabots, c'est comme un éclaboussement de pétales, car les
fleurs tombées forment partout un épais tapis. Il ralentit sa course,
indécis... Où irais-je? Où donc m'arrêter?...

«Un rire clair et léger, un rire de femme lui répond d'un bosquet
voisin.

«Voilà qui le décide: c'est à ce cabaret qu'il s'arrêtera.»

De tous temps, les poètes chinois ont uni la poésie à la musique, et ont
chanté leurs vers.

Ils les chantent encore, et très probablement sur les mélopées
d'autrefois!




CHAPITRE VI

L'ART DRAMATIQUE


C'est au XIIIe siècle, sous la dynastie tartare des Yuen, qu'un empereur
ordonna de rechercher toutes les pièces de théâtre écrites dans les
siècles précédents, de choisir les meilleures, et de les réunir. C'est
alors que fût formé le célèbre recueil intitulé «Yuen-Jen-Pé-Tohon.» «Cent
pièces de théâtre publiées sous les Yuen.» C'est là le plus beau monument
de la littérature dramatique des Chinois, et il alimente aujourd'hui
encore le répertoire moderne.

Tous les genres sont représentés dans ce recueil: la tragédie historique,
le drame domestique, les pièces mythologiques et féeriques, la comédie de
caractères ou de mœurs, les drames judiciaires, les drames religieux.

Ces pièces sont divisées, généralement, en quatre parties ou actes,
précédés souvent d'un court prologue. Le texte n'est pas partagé en
scènes, mais les entrées et les sorties des personnages sont indiquées
par ces mots--il monte--il descend; les apartés sont marqués par cette
phrase: Parler en tournant le dos--les parties chantées sont gravées en
caractères plus gros que ceux du dialogue parlé. Dans la rédaction de
ces pièces, tous les styles, tous les langages sont employés selon le
sujet. Il y a le langage historique, le langage poétique ou lyrique, le
style pompeux, grave ou familier.

La plupart de ces drames et de ces comédies contiennent des beautés de
premier ordre, mais elles ont, presque toutes, à notre point de vue,
un défaut de composition, qui pourrait bien être une règle, tant il se
retrouve fréquemment dans les pièces chinoises: c'est d'être partagées en
deux. Dans le premier acte, l'intrigue et le crime triomphent, dans les
derniers s'accomplissent les vengeances et les châtiments. Les héros du
commencement sont devenus vieux, leur fils, quelquefois leurs petits-fils,
qu'on a vus enfants aux premiers actes, ou qui n'étaient pas encore
nés, sont des hommes et prennent en main les fils de l'intrigue qu'ils
débrouillent, pour remettre les choses à peu près en l'état où elles
étaient au commencement de la pièce. Ce système a l'inconvénient de
partager l'intérêt; le jeune homme, tardivement présenté aux spectateurs,
n'a pas toujours le temps d'attirer les sympathies.

Le métier des comédiens est très rude, en Chine; ils sont les véritables
esclaves du directeur de la troupe qui les mène durement, et leur laisse
peu de loisirs. Ils ont chacun leur emploi; il y a: le Tchin-Mo, premier
rôle; le Siao-Mo, jeune homme; le Ouai, dignitaire; le Pai-lo, vieux père;
le Tchen, personnage comique. Mais quand la troupe est peu nombreuse, ils
sont tenus à jouer deux et trois rôles dans la même pièce.

Les femmes ne paraissent pas sur la scène; les travestissements des
garçons de 16 à 19 ans en jeunes filles ou en femmes, arrivent à produire
une complète illusion. Les jeunes gens choisis pour ces rôles sont beaux
de visage, gracieux, petits et minces, ils laissent pousser leurs cheveux,
se fardent habilement, et poussent la coquetterie jusqu'à se mettre de
faux petits pieds. Voici comment ils procèdent: le talon repose sur un
morceau de bois qui maintient le pied, la pointe en bas dans une position
presque verticale, la pointe seule est chaussée d'un petit soulier de soie
brodée d'or.

Des bandelettes enroulées, le pantalon bouffant, attaché au milieu du
cou-de-pied, dissimulent un peu la fraude et la démarche embarrassée, qui
résulte de ces arrangements, aide à l'illusion. Que de dames chinoises,
que de parvenues et de marchandes enrichies ont eu recours à cet artifice!
comme les jeunes acteurs.

Dans les grandes villes--à Pékin, à Shanghaï--il y a des théâtres fixes,
et ils sont aménagés le mieux du monde pour l'agrément et le bien-être
des spectateurs, À Pékin, ils sont groupés dans le même quartier et les
comédiens logent presque tous dans la rue des théâtres.

Quand on y passe, le matin, on les entend déclamer leurs rôles, ou
imiter--à n'en plus finir--le chant du coq. Il paraît qu'il n'y a rien de
tel pour fortifier la voix. Les théâtres, n'ont, en général, pas de troupe
spéciale, des troupes ambulantes jouent dans les uns et dans les autres;
le plus souvent, elles courent la province et sont engagées par les
préfets ou par les bonzes, à l'occasion d'une fête populaire, soit dans
les maisons de riches particuliers qui veulent faire suivre l'agrément
d'un festin par le plaisir plus noble d'une représentation. Dans ce cas, à
l'instant où l'on se met à table, on voit entrer cinq acteurs, richement
vêtus, qui se prosternent. Puis l'un d'eux, présente au maître de la
maison un livre qui contient en lettres d'or les titres d'une soixantaine
de pièces que la troupe est en état de représenter sur-le-champ: on fait
circuler cette liste et le convive le plus qualifié désigne la pièce qui
lui plaît le mieux.

Toute œuvre dramatique, disent les maîtres, doit avoir un sens sérieux
et un but moral. Une pièce sans moralité est ridicule... Elles doivent
présenter les plus nobles enseignements de l'histoire, à ceux qui ne
savent pas lire, montrer des peintures, vraies ou supposées de la vie,
capables d'inspirer la pratique de la vertu. Une pièce immorale est un
crime. Son auteur est puni, dans l'autre monde, et son expiation dure
aussi longtemps que sa pièce est jouée sur la terre.

Déjà au huitième siècle, dans le palais de Tchane-Ganne, l'empereur
Mine-Roan avait fait édifier un superbe théâtre, dans lequel il joua en
personne.

Il s'occupait lui-même de sa troupe d'acteurs, dirigeant les études et les
répétitions. Elles avaient lieu le plus souvent, dans une partie des parcs
qu'on appelait «l'Enclos des poiriers.» C'est pour cela que l'on nomme
encore quelquefois les acteurs, «Les élèves de l'enclos des poiriers.»

L'engouement de la cour pour l'art théâtral gagna vite les hauts
fonctionnaires et les particuliers. Chacun voulut avoir son théâtre
privé, ses acteurs et sa troupe de danseurs. Cela devint bientôt une
folie qu'il fallut réprimer; on limita entre autres, le nombre des
danseurs que chacun, selon son rang, fut autorisé à entretenir: on en
accorda soixante-quatre à l'empereur, trente-six aux princes du sang,
seize aux ministres, huit aux membres de la noblesse, deux seulement aux
lettrés et aux particuliers.

Les ballets, à cette époque, étaient extrêmement magnifiques et portaient
des titres pompeux. Ils s'intitulaient: Le Portique des nuées; Le Grand
tourbillon; La Cadencée, qui est, paraît-il, la plus gracieuse danse
de l'antiquité; La Grande Dynastique, celle-ci lente et grave; La
Bienfaisante; la Guerrière; la danse de la Plume, du Bouclier, des
Banderoles bariolées. Il y en avait une, celle du Dragon, dont les
évolutions avaient lieu dans l'eau, et une autre, où figurait un taureau
avec lequel le danseur luttait en le tenant par les cornes.

Cet empereur, Mine-Roan, qui ne dédaigna pas de monter sur les planches,
est considéré encore aujourd'hui, comme le patron du théâtre et des
comédiens.



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