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Text on one page: Few Medium Many
Les kouen du premier rang portent le
globule de rubis, l'agrafe d'agate; ils ont sur la poitrine une cigogne
aux ailes ouvertes, ou bien la licorne marine, s'ils sont chefs guerriers.

Nous avons vu quels sont les insignes des mandarins de second et de
troisième rangs. Le quatrième grade porte le bouton bleu opaque,
l'agrafe d'or ciselé ornementée d'argent, sur le pectoral la grue ou le
tigre. Le globule de cristal appartient au cinquième degré, avec le
fermoir d'or plein agrémenté d'argent, et le faisan argenté sur le
plastron remplacé par un ours pour les militaires. Le sixième degré est
désigné par le bouton blanc opaque, l'agrafe de nacre, l'aigrette brodée
sur la poitrine, ou la face de tigre pour les soldats. On reconnaît les
kouen du septième grade au globule d'or plein, à la ceinture retenue par
un fermoir d'argent, à la perdrix brodée sur la soie du pectoral,
laquelle lève une patte, pour indiquer l'intention de monter: un
rhinocéros remplace la perdrix sur la poitrine des guerriers; ceux du
huitième ont le bouton d'or ciselé, l'agrafe de corne, pour broderie la
caille ou le rhinocéros; et enfin le neuvième degré est reconnu au
bouton d'or strié, au fermoir en corne de buffle, au passereau ou au
morse figuré sur le pectoral.

Comme on le voit, les oiseaux ne décorent que la poitrine des mandarins
civils, les quadrupèdes sont réservés aux guerriers, ce qui semble
indiquer pour les premiers une sorte de priorité dans l'égalité même, la
bête ailée étant évidemment plus noble que l'animal attaché à la terre.
En effet, dans les cérémonies officielles le mandarin civil a le pas sur
le mandarin militaire du même rang. La raison de cette inégalité est sans
doute l'infériorité littéraire du guerrier, moins versé en général dans
les choses de l'esprit et, on le sait, la première gloire d'un Chinois est
d'être un lettré. Aussi faut-il pour gravir le moindre degré de l'échelle
hiérarchique, avoir préalablement obtenu un grade littéraire dans les
examens publics, auxquels tout le monde peut librement concourir.

Le personnage vêtu de noir, qui se tient debout à quelques pas du
mandarin, à bouton de saphir, n'est lui, qu'un simple particulier, il
porte le costume de tout le monde, sans insignes ni décorations, la robe
descendant un peu au-dessus de la cheville, la veste courte à larges
manches servant de poches et de manchon, et la petite calotte ronde sur
laquelle s'éparpille un gland de soie rouge ou noire. Le costume d'un
gommeux du pays serait taillé dans des étoffes plus précieuses, crêpe,
soie ou satin. Les manches se termineraient en sabot de cheval; ses
chaussures aux larges semelles de feutre blanc, seraient ornées de
soutache et de broderies, et l'on verrait pendre à la ceinture tout un
arsenal de bibelots, pipes, briquet, bourse à tabac, cure-dents,
éventail dans son étui parfumé de tchou-lan; mais le personnage, que
nous avons sous les yeux, ne se pique pas d'élégance ni de coquetterie;
son costume est des plus modestes et il a sur le nez une de ces
mirifiques paires de lunettes aux vitres rondes encadrées de bois noir,
qui donnent une si comique physionomie aux Chinois qui s'en affublent.
Ces lunettes ne doivent pas rendre d'ailleurs de bien grands services à
la vue, car elles sont d'une fabrication très imparfaite. Les Chinois ne
connaissent que depuis peu les lunettes en verre; celles qu'ils
emploient le plus communément sont formées de deux petites plaques en
cristal de roche dont l'opticien modifie l'épaisseur par le moyen du
tour, afin de l'accommoder aux yeux du myope ou du presbyte.

L'accoutrement de ce paysan qui semble tout surpris de se trouver en
si bonne compagnie, est on ne peut plus simple: un caleçon de percaline
bleue, et une veste courte de même étoffe en font tous les frais. L'été
d'ailleurs, l'homme du peuple réduit encore son costume, autant que la
décence le lui permet; il relève son caleçon par-dessus ses genoux et
garde le haut du corps nu jusqu'à la ceinture; pour s'abriter à la fois de
la pluie et du soleil, il se coiffe d'un large chapeau en paille de forme
conique très léger, et néanmoins très solide. L'hiver, il s'affuble d'une
blouse faite de roseaux disposés comme sur les toitures des maisonnettes,
aussi les paysans ne ressemblent-ils pas mal à des chaumières ambulantes.
Tous, artisans, seigneurs ou bourgeois, portent la natte pendante entre
les épaules et ont le devant de la tête et la nuque soigneusement rasés.

Ces trois cent millions de têtes à accommoder presque chaque jour
nécessitent, comme on peut se l'imaginer, une prodigieuse multitude de
barbiers dans l'Empire du Milieu; il en existe en effet une quantité
innombrable.

Le barbier chinois est un personnage des plus singuliers et qui n'a pas
son équivalent au monde. Dès le matin, il court les rues à toutes jambes,
portant sur l'épaule, aux deux extrémités d'un long bambou terminé par la
figure d'un animal chimérique, tout l'attirail de son métier. Son regard
exercé a bientôt découvert un passant dont le crâne n'est pas parfaitement
net, il bondit vers lui, le saisit au passage, et la pratique ainsi prise
au vol se trouve aussitôt installée sur un escabeau, sous un large parasol
fiché en terre. En un clin d'œil, tout est prêt; l'eau tiédit sur un
réchaud; la cuvette, les pinces, la brosse à oreilles, la perle de corail
fixée à un manche d'ivoire et destinée à nettoyer l'œil, sont sorties de
leurs étuis; alors commence le shan-pao, opération mystérieuse, passes
magnétiques, dont l'effet rapide est une douce sommolence procurée au
patient. Dans cet état, sa tête appesantie se laisse ballotter en tous
sens, elle obéit aux mouvements du barbier, qui d'une main prompte y
promène son rasoir triangulaire, au large dos fort lourd et d'autant plus
facile à manier; sous les éclairs d'acier qu'il jette au soleil, le crâne
devient d'une blancheur parfaite et prend les apparences d'une boule
d'ivoire. On passe ensuite à la toilette de la natte, dont les Chinois
prennent un grand soin, oubliant que c'est un signe de servitude, et que
plusieurs milliers de leurs ancêtres, lorsque fut rendu, en 1620, l'édit
qui ordonnait à tous les Chinois, sous peine de mort, d'adopter la
coiffure tartare, préférèrent porter leur tête sous le glaive du bourreau,
que de la confier au rasoir du barbier. On la lave, on la parfume, on
la tresse serrée, cette natte qui a fait tant de victimes, et à laquelle
on est si bien accoutumé aujourd'hui. C'est d'ailleurs, il faut le
reconnaître, un appendice fort utile, et qui rend les services les plus
imprévus; le domestique s'en sert pour épousseter les meubles, le maître
d'école en donne sur les doigts à ses élèves récalcitrants, l'ânier n'a
pas d'autre fouet pour émoustiller sa bête, l'homme lassé de l'existence
n'a pas besoin de chercher d'autre corde pour se pendre; c'est cette natte
qu'empoigne le barbier pour maintenir l'opéré dans la bonne position;
c'est elle enfin que le bourreau saisit pour décapiter le condamné. Elle
n'est gênante que pour le travailleur, qui est obligé de l'enrouler autour
de son crâne.

Nous prenions d'abord le personnage coiffé d'un turban, qui fait suite à
l'homme des champs, pour un sectateur chinois de Mahomet; le caractère
qu'il porte sur la poitrine, au milieu d'un carré d'étoffe blanche, nous
apprend que c'est un soldat. Il est vêtu d'un pantalon bleu et d'une
jaquette brune bordée d'un liseré rouge. Mais laissons ce représentant de
la milice chinoise pour aller admirer cette jolie fiancée qui baisse les
yeux toute honteuse d'être ainsi exposée aux regards des hommes, et de
quels hommes; les barbares occidentaux! Elle est charmante sous sa belle
tunique de satin rouge toute brodée de dragons d'or, avec sa gracieuse
coiffure pareille à un casque, ornée de fleurs et de franges de perles
qui lui retombent devant le visage. Elle appartient à la confrérie des
Lys d'or; pour vous en convaincre, vous n'avez qu'à regarder ses pieds
minuscules qui apparaissent sous la bordure de son pantalon de soie, ils
ont la taille et la forme d'un lys renversé. Le fiancé vers lequel on la
conduit, n'aurait pour elle qu'une estime médiocre, si ses pieds qui
seraient d'ailleurs fort petits--les Chinoises ayant les extrémités d'une
exquise délicatesse--avaient gardé leur taille naturelle. Aussi, dès sa
plus tendre enfance, ses parents, soigneux de sa beauté, se sont-ils
empressés de lui comprimer les pieds au moyen de bandelettes resserrées de
plus en plus chaque jour. L'opération a fort bien réussi, la longueur du
membre ne dépasse pas cinq à six pouces, le coup-de-pied est devenu très
convexe, l'orteil est relevé presque perpendiculairement, l'angle que
forme le talon et l'os de la jambe a disparu, et le pied a pris l'aimable
couleur d'une carotte pelée; tout cela disparaît, il est vrai, sous le
joli soulier brodé d'or et parfumé de musc. Mais en dépit du parfum
enfermé sous la soie, les Lys d'or ont de légers inconvénients, dont
nous ne parlerons pas pour éviter de chagriner cette charmante Chinoise.

Puisque nous avons pénétré dans le gynécée si bien clos d'ordinaire,
faisons connaissance encore, avec cette jeune femme, mariée depuis
quelques années, et qui est là assise, avec sa petite fille auprès d'elle.
Elle est fort élégamment vêtue d'une tunique violette bordée d'une bande
brodée et qui retombe sur un pantalon pareil. Sa coiffure est très
originale; un bandeau orné de pierreries entoure son front et dans ses
cheveux tordus en corde, des fleurs artificielles sont piquées et forment
comme des cornes. Selon la coutume des élégantes Chinoises, son visage
disparaît sous une épaisse couche de blanc, ses sourcils rasés sont
refaits à l'encre de Chine, elle a deux plaques de rouge sur les joues et
du carmin sur les lèvres.

La jeune mère tient un livre ouvert et est occupée à instruire sa fille.
Elle lui enseigne sans doute les devoirs de la femme, le respect qu'elle
doit à l'homme, le seigneur et maître de la création; elle s'efforce de la
pénétrer du sentiment d'humilité qui est la première vertu de la femme,
cet être si évidemment inférieur et faible.



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