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Text on one page: Few Medium Many
Ce livre qu'elle lit est
peut-être même le Niu-Kié tsi-pien: Les Sept préceptes dans lesquels sont
contenus les principaux devoirs des femmes, ouvrage fameux écrit, il y a
deux mille ans, par l'illustre lettrée Pan-Hoei-Pan, la plus savante et
la plus modeste des femmes. Quoi qu'il en soit, l'enfant qui joue avec un
oiseau vert n'a pas l'air de s'attrister beaucoup de l'état d'abjection
dans lequel elle est née, et les leçons de sa mère ne la troublent guère;
elle semble avoir déjà le sentiment confus qu'il suffit de deux beaux
yeux longs et brillants, d'un sourire pourpré, qui découvre deux rangs
de perles, pour faire oublier les leçons des moralistes, et que, en Chine
comme ailleurs, en dépit des lois et des écrits, les femmes savent réduire
leur maître en esclavage.




CHAPITRE X

LES OISEAUX PÊCHEURS


Sur un seul pied près de la rive
Le cormoran demeurera,
Aussi longtemps que coulera,
Belle rivière, ton eau vive.

En Chine, le cormoran est l'auxiliaire précieux du pêcheur. Doué d'un œil
perçant, il distingue facilement le poisson, même à une grande profondeur;
excellent nageur, il plonge et poursuit sa proie avec rapidité et,
fidèlement, dans une de ses pattes, il la rapporte à son maître. Pour le
préserver des tentations de gourmandise, on lui passe au cou un anneau qui
ne lui permet d'avaler que les plus petits poissons.

Le cormoran est admirablement dressé, et remplit son emploi avec
intelligence et dextérité; avec persévérance aussi; car, s'il revient la
patte vide, des coups de gaffe le renvoient au fond de l'eau! On en voit
qui, ayant capturé un poisson trop gros, se font aider par un camarade
pour l'apporter jusqu'au bateau. La pêche jugée suffisante, le maître
allège le cormoran de son collier et lui permet de travailler pour son
propre compte. C'est sa récompense.




CHAPITRE XI

LES CÉRÉMONIES


Les Chinois n'ont pas de dimanches, ils ne connaissent pas les jours de
chômage. Mais ils ont institué un certain nombre de fêtes annuelles.

Celle du premier jour de l'an est la plus importante; on la célèbre dans
tout l'empire par plusieurs jours de repos et de réjouissances; on échange
des visites, des souhaits, des présents. Dés le matin, une foule nombreuse
emplit les rues, les jeunes garçons prennent d'assaut les boutiques des
marchands de friandises; on accroche des banderoles, on tire des pétards
et le soir, tout est illuminé.

Quand ils sont loin de leur pays, les Chinois ne manquent jamais de fêter,
à sa date, le commencement de l'année chinoise. Dans toutes les ambassades
ou légations, les fils du Céleste Empire se réunissent, et fêtent ensemble
la patrie absente.

Voici le compte-rendu d'une de ces cérémonies qui eût lieu, il y a
quelques années, à Paris:


«Hier, samedi, premier jour de la première lune de la trente et unième
année du règne de l'empereur Kouan-Su, une animation joyeuse régnait à la
légation de Chine, où les Célestes fêtaient la nouvelle année Chinoise.

«Dès la veille, les étudiants, éparpillés dans les écoles de banlieue
et de province, prenaient le train pour Paris, et, aussitôt arrivés,
échangeaient des visites et des présents, se donnaient rendez-vous le
lendemain matin à la légation, dans ce petit coin de Paris, où flotte
l'étendard jaune, sur lequel se cambre le Dragon Impérial, et qui est en
ce moment terre chinoise.

«C'est au No. 57 de la rue de Babylone, qu'est situé l'hôtel de la
légation. Un magnifique pavillon chinois, acheté jadis à une exposition
universelle, flanque l'habitation, et c'est, sans doute, sa silhouette à
la fois imprévue et familière qui a décidé le ministre à se fixer là.

«Les toits relevés en pointes d'ailes, les parois sculptées, les lions
chimériques ont retrouvé leur raison d'être et formaient un décor tout à
fait superbe et harmonieux aux costumes de cérémonie--damas et satins,
riches fourrures, chapeaux globuleux ornés de glands rouges--des visiteurs
qui montaient hier matin le perron de l'hôtel.

«À neuf heures et demi, ils étaient tous réunis dans le grand salon, où
ils formaient des groupes chatoyants. Un certain nombre d'entre eux,
cependant, qui ont adopté le costume européen pour circuler plus à
l'aise dans nos villes, se dissimulaient derrière les autres, un peu
honteux de leur triste déguisement, qui ne les avantage pas du tout, il
faut l'avouer.

«À dix heures, Son Exc. Soueng-Pao-Ki, accompagné de ses secrétaires,
fit son entrée, et la cérémonie officielle commença.

Sur une table, placée devant la cheminée et recouverte d'une draperie de
satin jaune à dragons brodés, étaient posées les tablettes de l'Empereur
et de l'Impératrice douairière. Devant elles, un brûle-parfum de bronze à
demi plein de braise-ardente, sur laquelle on jeta de la poudre de santal.

«Tandis que la fumée odorante monte et tournoie, le ministre d'abord,
puis tous les assistants, par rang de grade, dans le plus grand ordre,
et le plus respectueux silence, viennent rendre hommage aux souverains,
personnifiés par les tablettes sur lesquelles leurs noms sont inscrits.
Cet hommage consiste à exécuter le solennel salut appelé 'ko-tao,' qui
exige que l'on approche par trois fois le front du sol.

«Quand les saluts furent terminés, on servit le thé, et, après échange
de nombreux compliments, souhaits et congratulations, le ministre congédia
ses hôtes qu'il invita pour le soir à un banquet.

«Les dames chinoises n'assistaient pas à la réception; mais au premier
étage de l'hôtel, elles recevaient de leur côté, en belles robes de
brocard pourpre, et accomplissaient aussi la cérémonie rituelle.

«Le soir, elles n'étaient pas non plus présentes au dîner, qui
réunissait cinquante-deux convives, tous Chinois.

«Le ministre, présidant la table d'honneur, avait à sa droite
M. Tsien, premier secrétaire à la légation de Pétersbourg, qui est en ce
moment à Paris avec Mme. Tsien, une grande lettrée et une poétesse
exquise; à sa gauche, M. Ouen-Pou, le doyen des secrétaires à Paris;
puis, par ordre hiérarchique, étaient placés tous les convives.

«Le ministre a donné à ses invités le régal d'un menu purement
chinois. Pas de nids d'hirondelles, pourtant, et cela pour une raison
assez amusante: on a apporté de Chine les nids tels qu'on les trouve et
des plumes de l'oiseau de mer adhérent encore, par endroits, à la
précieuse gélatine. En nettoyer une assez grande quantité pour préparer
le potage de cinquante-deux personnes, cela aurait exigé le travail de
dix cuisiniers pendant plusieurs jours!...

«Voici le menu du dîner:

Potage aux oreilles de Boudha
(Ce sont des morceaux de pâte moulée et cuits avec des
champignons dans du bouillon de poulet)
Ailerons de requin au Chio-Yo
Carpe à l'huile de ricin
Jambon fumé du Tché-Tchouen au sucre candi
Oloturies (Limaces bleues de mer)
Poulets désossés rôtis

sans compter d'innombrables petits plats, des gâteaux farcis et des fruits
étranges. Comme boisson le tiède vin de riz, le mei-koué-lou--eau de vie
parfumée de roses--et le thé du Dragon noir, cueilli à Canton.

«Mais le vin, si capiteux qu'il soit, ne monte pas à la tête de
ces convives qui, pour la plupart, sont de tout jeunes hommes; aucun
laisser-aller, pas de gaieté bruyante, la tenue sérieuse et digne
qu'impose la présence du Ministre; pas de toast, pas de cris; mais une
émotion discrète et forte, la pensée de la famille absente, si lointaine;
le sentiment de solidarité qui les réunit tous là, comme en un faisceau;
seuls, au milieu de cette civilisation qui les séduit et les effare, qui
leur découvre des horizons inconnus et leur fait rêver, pour leur patrie,
des destinées nouvelles.




LÉGENDES ET CONTES




I

L'ABEILLE BLEUE


Un soir, dans le pavillon d'une bonzerie, où il s'était retiré, le
jeune étudiant Bambou d'Or travaillait assidûment, comme à son ordinaire,
lorsqu'il entendit, hors de la fenêtre, une voix de femme s'écrier:

--Oh! que le seigneur Bambou d'Or est donc studieux!...

Très surpris, il se leva vivement, et se pencha au dehors, pour regarder.

Il vit, en longs vêtements bleus, une si incomparablement jolie fille,
qu'il comprit tout de suite que ce ne pouvait pas être un être réel.
Cependant, il lui demanda poliment qui elle était.

--Regardez-moi bien, dit-elle d'un ton légèrement moqueur, ai-je l'air
d'un faune?... À quoi bon les questions inutiles? Avez-vous peur de
m'ouvrir votre porte?

--Oh non! qui que vous soyez, entrez! s'écria Bambou d'Or en se hâtant
d'écarter les battants de laque rouge.

L'inconnue, ramassant ses longues robes, pénétra, presque en courant dans
le pavillon.

--Fermez, dit-elle, fermez bien.

Il tira les verroux, baissa le store devant la fenêtre, et raviva un peu
la lampe. Puis il se retourna vers la jeune fille, qui, debout au milieu
de la chambre, souriait maintenant en le regardant.

Elle lui parut à tel point jolie et il était si ému de la voir, que
son cœur battait des coups de plus en plus profonds et qu'il lui était
impossible de parler.

Elle souriait toujours, en le regardant.

--Je vous remercie de votre hospitalité, dit-elle, d'une voix très douce,
mais ne craignez rien, je suis extrêmement mince, et je ne tiendrai pas
beaucoup de place.

Il croyait rêver, quand il la vit détacher sa longue tunique de soie
qui tomba sans bruit, et se blottir dans un fauteuil d'osier où elle
s'endormit.

Ils devinrent amis, il aima beaucoup cette délicieuse enfant qui revint,
fidèlement, chaque soir, mais fuyait précipitamment avant la fin de la
nuit.

Un soir qu'ils causaient ensemble, en mangeant des sucreries, il s'aperçut
à ses discours, qu'elle connaissait à fond la musique.

--Votre voix est si fine et si charmante lui dit-il que je meurs d'envie
de l'entendre; pourtant, il me semble que si vous chantiez une chanson,
vous absorberiez mon âme.

--J'ai peur en effet, d'absorber votre âme, dit-elle en riant, et je n'ose
pas vous chanter ma chanson.

Bambou d'Or la pria avec insistance, et elle lui dit enfin:

--Votre servante ne veut pas vous désobéir, ce serait cependant pour moi
très dangereux d'être entendue par quelqu'un d'autre que vous.



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