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Text on one page: Few Medium Many
mon Dieu! mon Dieu!

FAUSTINA.

Eh bien, es-tu décidé, Astolphe.

ASTOLPHE.

Et toi, es-tu décidée à me cacher dans ton alcôve quand ils y viendront
et à supporter toutes les suites de ma fureur?

FAUSTINA.

Tu veux tuer ta maîtresse? J'y consens, pourvu que tu n'épargnes pas ton
rival.

ASTOLPHE.

Mais il est riche, Faustina, et moi je n'ai rien.

FAUSTINA.

Mais je le hais, et je t'aime.

ASTOLPHE, _avec égarement_.

Est-ce donc un rêve? La femme pure que j'adorais le front dans la
poussière se précipite dans l'infamie, et la courtisane que je foulais
aux pieds se relève purifiée par l'amour! Eh bien! Faustina, je te
baignerai dans un sang qui lavera tes souillures!... Le pacte est fait?

FAUSTINA.

Viens donc le signer. Rien n'est fait si tu ne passes cette nuit dans
mes bras! Eh bien! que fais-tu?

ASTOLPHE, avalant précipitamment plusieurs verres de liqueur.

Tu le vois, je m'enivre afin de me persuader que je t'aime.

FAUSTINA.

Toujours l'injure à la bouche! N'importe, je supporterai tout de ta
part. Allons! _(Elle lui ôte son verre et l'entraîne. Astolphe la suit
d'un air égaré et s'arrêtant éperdu à chaque pas. Dès qu'ils sont
éloignés, le domino noir, qui peu à peu s'est rapproché d'eux et les a
observés derrière les rideaux de la tendine, sort de l'endroit où il
était caché, et se démasque.)_

GABRIEL, _en domino noir, le masque à la main_, ASTOLPHE et FAUSTINA,
_gagnant le fond de la rue_.

GABRIEL.

Je courrai me mettre en travers de son chemin, je l'empêcherai
d'accomplir ce sacrilège!... _(Elle fait un pas et s'arrête.)_

Mais me montrer à cette prostituée, lui disputer mon amant!... ma fierté
s'y refuse... O Astolphe!... ta jalousie est ton excuse; mais il y
avait dans notre amour quelque chose de sacré que cet instant vient de
détruire à jamais!...

ASTOLPHE, _revenant sur ses pas_.

Attends-moi, Faustina; j'ai oublié mon épée là-bas. _(Gabriel passe un
papier plié dans la poignée de l'épée d'Astolphe, remet son masque et
s'enfuit, tandis qu'Astolphe rentre sous sa tente.)_

ASTOLPHE, _reprenant son épée sur la table_.

Encore un billet pour me dire d'espérer encore, peut-être! _(Il arrache
le papier, le jette à terre et veut le fouler sous son pied. Faustina,
qui l'a suivi, s'empare du papier et le déplie.)_

FAUSTINA.

Un billet doux? Sur ce grand papier et avec cette grosse écriture?
Impossible! Quoi! la signature du pape! Que diantre sa sainteté a-t-elle
à démêler avec toi?

ASTOLPHE.

Que dis-tu! rends-moi ce papier!

FAUSTINA.

Oh! la chose me paraît trop plaisante! Je veux voir ce que c'est et t'en
faire la lecture. _(Elle le lit.)_

«Nous, par la grâce de Dieu et l'élection du sacré collège, chef
spirituel de l'église catholique, apostolique et romaine... successeur
de saint Pierre et vicaire de Jésus-Christ sur la terre, seigneur
temporel des États romains, etc., etc., etc..., permettons à
Jules-Achille-Gabriel de Bramante, petit-fils, héritier présomptif et
successeur légitime du très-illustre et très-excellent prince Jules de
Bramante, comte de, etc., seigneur de, etc., etc..., de contracter, dans
le loisir de sa conscience ou devant tel prêtre et confesseur qu'il
jugera convenable, le voeu de pauvreté, d'humilité et de chasteté,
l'autorisant par la présente à entrer dans un couvent ou à vivre
librement dans le monde, selon qu'il se sentira appelé à travailler à
son salut, d'une manière ou de l'autre; et l'autorisant également par la
présente à faire passer, aussitôt après la mort de son illustre aïeul,
Jules de Bramante, la possession immédiate, légale et incontestable
de tous ses biens et de tous ses titres à son héritier légitime
Octave-Astolphe de Bramante, fils d'Octave de Bramante et cousin germain
de Gabriel de Bramante, à qui nous avons accordé cette licence et
cette promesse, afin de lui donner le repos d'esprit et la liberté de
conscience nécessaires pour contracter, en secret ou publiquement, un
voeu d'où il nous a déclaré faire dépendre le salut de son âme.

«En foi de quoi nous lui avons délivré cette autorisation revêtue de
notre signature et de notre sceau pontifical...»

Comment donc! mais il a un style charmant, le saint-père! Tu vois,
Astolphe? rien n'y manque!... Eh bien! cela ne te réjouit pas? Te voilà
riche, te voilà prince de Bramante!... Je n'en suis pas trop surprise,
moi; ce pauvre enfant était dévot et craintif comme une femme... Il a,
ma foi, bien fait; maintenant tu peux tuer Antonio et m'enlever dans le
repos de ton esprit et le loisir de ta conscience!

ASTOLPHE, _lui arrachant le papier_.

Si tu comptais là-dessus, tu avais grand tort. _(Il déchire le papier et
en fait brûler les morceaux à la bougie.)_

FAUSTINA, _éclatant de rire_.

Voilà du don Quichotte! Tu seras donc toujours le môme?

ASTOLPHE, _se parlant à lui-même_.

Réparer de pareils torts, effacer un tel outrage, fermer une telle
blessure avec de l'or et des titres... Ah! il faut être tombé bien bas
pour qu'on ose vous consoler de la sorte.

FAUSTINA.

Qu'est-ce que tu dis? Comment! ton cousin aussi t'avait... _(Elle fait
un geste significatif sur le front d'Astolphe.)_

Je vois que ta Calabraise n'en est pas avec Antonio à son début.

ASTOLPHE, _sans faire attention à Faustina_.

Ai-je besoin de cette concession insultante? Oh! maintenant rien ne
m'arrêtera plus, et je saurai bien faire valoir mes droits... Je
dévoilerai l'imposture, je ferai tomber le châtiment de la honte sur la
tête des coupables... Antonio sera appelé en témoignage...

FAUSTINA.

Mais que dis-tu? Je n'y comprends rien! Tu as l'air d'un fou! Écoute-moi
donc, et reprends tes esprits!

ASTOLPHE.

Que me veux-tu, toi? Laisse-moi tranquille, je ne suis ni riche ni
prince; ton caprice est déjà passé, je pense?

FAUSTINA.

Au contraire, je t'attends!

ASTOLPHE.

En vérité! il paraît que les femmes pratiquent un grand désintéressement
cette année: dames et prostituées préfèrent leur amant à leur fortune,
et, si cela continue, on pourra les mettre toutes sur la même ligne.

FAUSTINA, _remarquant Gabriel en domino et qui reparaît_.

Voilà un monsieur bien curieux!

ASTOLPHE.

C'est peut-être celui qui a apporté cette pancarte?... _(Il embrasse
Faustina.)_ Il pourra voir que je ne suis point, ce soir, aux affaires
sérieuses. Viens, ma chère Fausta. Auprès de toi je suis le plus heureux
des hommes.

_(Gabriel disparaît. Astolphe et Faustina se disposent à sortir.)_


SCÈNE V.

ANTONIO, FAUSTINA, ASTOLPHE.

_(Antonio, pâle et se tenant à peine, se présente devant eux au
moment où ils vont sortir.)_

FAUSTINA, _jetant un cri et reculant effrayée_.

Est-ce un spectre?...

ASTOLPHE.

Ah! le ciel me l'envoie! Malheur à lui!...

ANTONIO, _d'une voix éteinte_.

Que dites-vous? Reconnaissez-moi. Donnez-moi du secours, je suis prêt à
défaillir encore. _(Il se jette sur un banc.)_

FAUSTINA.

Il laisse après lui une trace de sang. Quelle horreur! que signifie
cela? Vous venez d'être assassiné, Antonio?

ANTONIO.

Non! blessé en duel... mais grièvement...

FAUSTINA.

Astolphe! appelez du secours...

ANTONIO.

Non, de grâce!... ne le faites pas... Je ne veux pas qu'on sache...
Donnez-moi un peu d'eau!... _(Astolphe lui présente de l'eau dans un
verre. Faustina lui fait respirer un flacon.)_

ANTONIO.

Vous me ranimez...

ASTOLPHE.

Nous allons vous reconduire chez vous. Sans doute vous y trouverez
quelqu'un qui vous soignera mieux que nous.

ANTONIO.

Je vous remercie. J'accepterai votre bras. Laissez-moi reprendre un peu
de force... Si ce sang pouvait s'arrêter...

FAUSTINA, _lui donnant son mouchoir, qu'il met sur sa poitrine_.

Pauvre Antonio! tes lèvres sont toutes bleues... Viens chez moi...

ANTONIO.

Tu es une bonne fille, d'autant plus que j'ai eu des torts envers toi.
Mais je n'en aurai plus... Va, j'ai été bien ridicule... Astolphe,
puisque je vous rencontre, quand je vous croyais bien loin d'ici, je
veux vous dire ce qui en est... car aussi bien... votre cousin vous le
dira, et j'aime autant m'accuser moi-même...

ASTOLPHE.

Mon cousin, ou ma cousine.

ANTONIO.

Ah! vous savez donc ma folie? Il vous l'a déjà racontée... Elle me coûte
cher! J'étais persuadé que c'était une femme...

FAUSTINA.

Que dit-il?

ANTONIO.

Il m'a donné des éclaircissements fort rudes: un affreux coup d'épée
dans les côtes.... J'ai cru d'abord que ce serait peu de chose, j'ai
voulu m'en revenir seul chez moi; mais, en traversant le Colisée, j'ai
été pris d'un étourdissement et je suis resté évanoui pendant... je ne
sais combien!... Quelle heure est-il?

FAUSTINA.

Près de minuit.

ANTONIO.

Huit heures venaient de sonner quand je rencontrai Gabriel Bramante
derrière le Colisée.

ASTOLPHE, _sortant comme d'un rêve_.

Gabriel! mon cousin? Vous vous êtes battu avec lui! Vous l'avez tué
peut-être?

ANTONIO.

Je ne l'ai pas touché une seule fois, et il m'a poussé une botte dont je
me souviendrai longtemps... _(Il boit de l'eau)_ Il me semble que mon
sang s'arrête un peu... Ah! quel compère que ce garçon-là!... A présent
je crois que je pourrai gagner mon logis... Vous me soutiendrez un peu
tous les deux... Je vous conterai l'affaire en détail.

ASTOLPHE, _à part_.

Est-ce une feinte? Aurait-il cette lâcheté?.. _(Haut.)_ Vous êtes donc
bien blessé? _(Il regarde la poitrine d'Antonio. A part.)_ C'est la
vérité, une large blessure. O Gabrielle. _(Haut.)_ Je courrai vous
chercher un chirurgien... dès que je vous aurai conduit chez vous...

FAUSTINA.

Non! chez moi, c'est plus près d'ici. _(Ils sortent en soutenant Antonio
de chaque côté.)_


SCÈNE VI.

Une petite chambre très-sombre.

GABRIEL, MARC.

_(Gabriel en costume noir avec son domino rejeté sur ses épaules. Il est
assis dans une attitude rêveuse et plongé dans ses pensées. Marc au fond
de la chambre.)_

MARC.

Il est deux heures du matin, monseigneur, est-ce que vous ne songez pas
à vous reposer?

GABRIEL.

Va dormir, mon ami, je n'ai plus besoin de rien.

MARC.

Hélas! vous tomberez malade! Croyez-moi, il vaudrait mieux vous
réconcilier avec le seigneur Astolphe, puisque vous ne pouvez pas
l'oublier...

GABRIEL.

Laisse-moi, mon bon Marc; je t'assure que je suis tranquille.

MARC.

Mais si je m'en vais, vous ne songerez pas à vous coucher, et je vous
retrouverai là demain matin, assis à la même place, et votre lampe
brûlant encore.



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