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Text on one page: Few Medium Many
Un tas de portes
se sont ouvertes devant leur malheur et leurs titres.

L'enseignement libre appartient à ces vaincus, et les simples
bacheliers, comme Vingtras, n'ont qu'à moisir chez les Entêtards
et les Benoizets, pour être chassés à la fin du mois, comme des
domestiques!

Mon bonhomme, recommence ta course et remonte les escaliers noirs
des placeurs!...

Je vais chez tous.

C'est pour l'acquit de ma conscience, c'est pour pouvoir me dire
que je ne me suis pas acoquiné dans la misère; c'est pour cela que
je cherche encore! Mais je n'ai fait que perdre mon temps, user
mes souliers, ma langue, avoir des espoirs niais, éprouver de
sales déboires!

Professeur libre!--Cela veut dire partout: petite salle qui
empeste... dîner au raisiné, les créanciers interrompant la
classe... les appointements refusés, rognés, volés!...

Quelqu'un m'a dit:--«On s'y fait, on finit par aimer cette vie-là.»

Est-ce vrai?...

Oh! alors je ne remonte plus un des escaliers; je raye mon nom des
livres des placeurs!

C'est fini!... Je préfère chercher ailleurs le pain dont j'ai
besoin.

À bas le raisiné! À BA, BE, BI, BO, BU.--À bas BA, BA, BU, BA!

J'en ai bé-bégayé pendant huit jours.



21
Préceptorat. Chausson

Si, ne pouvant réussir dans les petites places, je visais plus
haut?

Reste le métier de précepteur ou de secrétaire.


Secrétaire?


Des amis m'ont déniché un emploi de secrétaire chez un Autrichien
riche qui a besoin de quelqu'un pour écrire ses lettres et lui
_tenir compagnie_ le matin. J'aurais 50 francs par mois, j'irai de
huit heures à midi.

C'est ce que je rêvais!--J'aurais mes soirs à moi pour piocher.


J'arrive chez l'Autrichien.


Il est couché; ses habits traînent à terre au milieu de bouteilles
vides et de bouts de cigares.

On a dû faire une fière noce hier soir.

«Ah! c'est vous qui m'avez été recommandé, fait-il en se tournant
dans son lit. Voudriez-vous ramasser mes vêtements?»

Il doit confondre, il attend probablement un domestique. Moi, je
viens comme secrétaire.

Je le lui dis.

«Qu'est-ce que vous me chantez?»

Je ne chante pas--je lui rappelle que c'est pour être
secrétaire!

«Je le sais. Passez-moi mon pantalon.»


J'hésite.

Il était peut-être gris.--Il a mal aux cheveux... Il est impoli
quand il est en chemise, mais redevient _gentleman_ quand il est
habillé.

Je pose le pantalon sur le lit.

L'Autrichien sort des draps, met ses chaussettes, enfile son
pantalon.

«Voulez-vous me donner ma jaquette?»

Non, je ne veux pas lui donner sa jaquette--je lui donnerai une
raclée, s'il y tient--c'est tout ce qu'il aura s'il insiste.

Il insiste--ah! tant pis!--Je n'y tiens plus! et je lui tombe
dessus et je le gifle, et je le rosse!

J'y vais de bon coeur, mille misères!

J'ai pu réussir à m'échapper en bousculant voisins et portier.--
Pourvu qu'il ne pense pas que j'emporte sa montre en partant!

C'est ma dernière tentative d'ambitieux!

Les places de secrétaire que je suis capable de trouver seront
toutes chez les Autrichiens ivrognes ou des Français compromis,
dans des maisons de comédie ou de drame.


Précepteur? Éleveur d'enfants dans une famille riche?

Je voudrais bien!

Je voudrais connaître le monde, savoir leurs vices et leurs
faiblesses, à ces riches, pour pouvoir les blaguer ou les sangler
un jour! J'aurai bien ma minute tôt ou tard!

Voyons à décrocher une place de précepteur!

J'ai remué ciel et terre. J'ai fait des demandes d'une incroyable
audace.

Il faut se _donner du mal_, frapper partout, n'avoir pas peur,
disent les livres de maximes et les gens de conseil.

Je ne dis pas que je n'ai pas eu peur--au contraire! Mais j'ai
frappé partout, et je me suis _donné du mal_, un mal douloureux et
héroïque.

J'ai couru au-devant du ridicule; j'ai avancé ma tête et mon
coeur, mes suppliques et ma fierté entre des portes qui se sont
refermées avec mépris!... Courage, fierté, coeur et tête sont
restés déchirés et saignants!

J'ai fait des sauts de grenouille sur l'échelle des chiffres.

«Demandez cher!» me disait-on

J'ai demandé cher.

«C'est trop, ont répondu les payeurs.

--Demandez moins!»

J'ai demandé moins.

«C'est un gueux», a-t-on murmuré en me toisant.

Chaque fois qu'une lettre de recommandation, prise je ne sais où,
arrachée par mon génie à celui-ci ou à celui-là, m'a amené jusqu'à
un salon; dès que j'ai rencontré une oreille forcée de m'écouter,
j'ai offert mes services au prix le plus haut ou le plus vil,
suivant qu'il semblait répondre au cadre dans lequel vivaient les
gens à qui je m'adressais.

Mais on m'a toujours éconduit!

Ces recommandations étaient toutes de hasard--de bric et de
broc. Je ne connais personne haut placé ou puissant.

_Puissant, haut placé! _Il faut appartenir à l'empire! Je ne
puis pas, je ne dois pas, je ne veux pas être protégé par les gens
de l'empire. Plutôt l'hôpital!

Il ne manque pas de pieds à lécher. Pour me payer de la lècherie,
on me jetterait peut-être une situation. Je n'ai pas la langue à
ça!

Par mon origine, je n'ai de racines que dans la terre des champs--
point dans la race des heureux! Je suis le fils d'une paysanne
qui a trop crié qu'elle avait gardé les vaches et d'un professeur
qui a bien assez de chercher des protections pour lui-même!... Il
fait une petite classe, d'ailleurs, ce qui ne lui donne pas
d'autorité et le prive de prestige.

Où ramasser les introductions, par ce temps de banqueroutisme
triomphant, de républicains exilés?


...............


J'ai eu une veine!

Près de moi est venu demeurer un maître de chausson misérable. Il
est du Midi, communicatif, bavard, pétulant. Je suis la seule
redingote de la maison, et il me recherche. Il me poursuit de ses
bonjours, même de ses visites. Je ne puis m'en débarrasser et je
prends le parti de causer _boxe_ et_ savate _avec lui pour ne pas
trop souffrir, pour profiter plutôt de son encombrant voisinage.

Quelquefois, le soir, il me donne rendez-vous dans une espèce
d'écurie où il enseigne deux pelés et un tondu--et je me livre à
la_ savate_, faute de mieux! J'ai des dispositions, paraît-il.


J'arrive à être un_ tireur_--ce qui ne me donne pas mes entrées
dans le grand monde et ne m'aidera pas à être de l'Académie, mais
ce qui me met en relation avec des saltimbanques.

Mes professeurs, mes recommandeurs, ne m'ont pas jusqu'ici trouvé
pour un sou d'ouvrage. Les saltimbanques m'en procurent.


Ceux qui ont une médaille de charlatan, un écriteau de monstre,
prenant la place de mes maîtres chargés de diplôme et d'hermine,
m'offrent honnêtement de leur rédiger des boniments, des_
__parades_, des affiches pour la lutte, _Au tombeau des hommes
forts_, et des récits de prophéties miraculeuses pour des élèves
de Mlle Lenormand à trois sous la séance!...

Je me suis lié avec ce monde-là dans la salle de chausson.


Un champion du _pujullasse_ antique, comme il est dit à la
_parade_, est venu tirer (en manière de rigolade), avec deux ou
trois prévôts de régiment, camarades du père Noirot, mon voisin.
Je me suis moi-même aligné, et l'on s'est touché la main, comme on
fait en public, sur la sciure de bois.

Le saltimbanque m'a emmené après l'assaut à la Barrière du Trône,
où est sa baraque.

Pour rire, je suis entré avec lui un dimanche matin chez les
monstres; je les ai vus en déshabillé. De fil en aiguille, nous
sommes devenus deux amis et l'on a fini par me faire des commandes
dans les _caravanes _célèbres.

C'est surtout pour les_ Alcides_ que j'ai à travailler.

On me demande des affiches d'avance pour faire imprimer les soirs
de grande séance en province. J'en prépare qui sont des épopées.

Mes connaissances classiques me profitent enfin à quelque chose!
Je puis placer de l'Homère par-ci, par-là; parler de Milon de
Crotone, qui faisait craquer des cordes enroulées sur sa tête;
parler d'Antée qui retrouvait des forces en touchant la terre!

Il ne m'avait servi à rien dans la vie, jusqu'à présent, d'avoir
fait mes classes, mais ça me devient très utile à la Foire au pain
d'épice.


J'ai refait un théâtre pour cette foire. M. Nisard n'en parlera
pas dans sa prochaine édition de l'_Histoire de la littérature_.
M. Magnin non plus dans son _Histoire des marionnettes_. C'est
vrai cependant. Pour une trentaine de francs, récoltés d'ici et
là, j'ai rajeuni les Buridans et l'infâme Golo des baraques. Et
cela m'amusait! Quelles soirées comiques j'ai passées au milieu
des paillasses vivants et des patins en bois, entre les géants et
les nains, tout friand, osant manger à la gamelle et presque fier
ma foi d'être classé par les lutteurs et les savetiers dans la
bonne moyenne des tireurs de chausson et des leveurs de poids...
Un jour je suis tombé sur un livre de Dickens où il parle des
pauvres saltimbanques. Il les aime autant que moi, mais il ne les
connaît pas si bien, j'ose le dire.

Il ne lui est pas arrivé cette bonne fortune de recevoir comme moi
un timide aveu d'amour écrit par une femme qui pesait quatre
cents... C'est même cela qui me sépara de ce monde dans lequel
j'aimais à rôder et où je conduisais des camarades ébahis. Le
caprice de ce colosse m'effraya et je m'éloignai, mais j'avais
bien gagné une centaine de francs dans le pays des entre-sorts et
je m'étais régalé les oreilles et les yeux des spectacles dont je
ferai peut-être un jour mon profit. Il n'est pas inutile d'avoir
assisté au petit lever des lions de ménagerie ou des sorcières de
baraque! Nous verrons à en faire un roman ou une pièce un jour!


Puis un hasard m'a mis sur le chemin d'une relation aimable.

Le Savatier mon voisin n'était pas un maladroit et connaissait les
gloires du_ chausson_. Il pria Lecourt, le célèbre Lecourt, de
venir figurer dans une salle au bénéfice d'une veuve de confrère.
Lecourt vint. Il eut contre un brutal de régiment un triomphe de
politesse, d'élégance et de force!

Je fis passer dans un petit journal un article qui racontait la
séance et saluait le vainqueur.

Je lui portai la feuille, il me remercia, nous nous revîmes et
j'eus mes entrées dans sa salle de la rue de Tournon, que
fréquentait un monde distingué, composé de jeunes médecins,
d'avocats stagiaires, de rentiers bien musclés, qui allaient là se
distraire _à l'anglaise_ de leurs travaux sérieux.


J'ai une société maintenant.--Il faut bien le dire, ce n'est pas
à M.



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