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LES BEAUX VOYAGES



EN CHINE
(MERVEILLEUSES HISTOIRES)

PAR

JUDITH GAUTHIER
de l'Académie Goncourt




ILLUSTRÉ DE 12 PLANCHES EN COULEURS ET D'UNE CARTE

LES ARTS GRAPHIQUES, ÉDITEURS
3, RUE DIDEROT, VINCENNES




1911




PRÉFACE

par JEAN AICARD,
de l'Académie Française


«FAIRE un beau voyage,» quelle émotion soulevaient ces simples mots dans
notre cœur d'enfant! Quel trouble délicieux ils y éveillent encore!

Espérer, c'est vivre. Nous ne vivons vraiment que par l'attente d'on ne
sait quoi d'heureux qui va probablement nous arriver tout à l'heure...
ce soir... demain... ou l'année prochaine. Alors, n'est-ce pas? tout
sera changé; les conditions de notre vie seront transformées; nous
aurons vaincu telle ou telle difficulté; triomphé de l'obstacle qui
s'oppose à notre bonheur, à la réalisation de nos désirs d'ambition ou
d'amour. L'enfance, puis l'adolescence, se passent ainsi à appeler
l'avenir inconnu, à le rêver resplendissant de couleurs magiques. Être
jeune, c'est espérer, sans motif raisonné, malgré soi, à
l'infini--c'est-à-dire voyager en esprit vers des horizons toujours
nouveaux--courir allègrement au-devant de toutes les joies.


La plupart des hommes, rivés aux mêmes lieux par la nécessité, s'habituent
à ne plus rien attendre. Ils ont appris plus ou moins vite que demain
sera pour eux tout semblable à hier; la ville ou le village ou les champs
qu'ils habitent ne leur apprendront jamais rien de plus que ce qu'ils
savent.

... Dès qu'ils en sont sûrs, c'est qu'ils ont vieilli, vraiment vieilli,
--de la mauvaise manière; mais, même alors, il arrive que ces mots
enchantés, «faire un beau voyage,» raniment en eux la force d'espérer,
de rêver, de vouloir et d'agir. L'illusion féconde, dont parle le
poète, rentre dans leur cœur. Et dès qu'ils se mettent en route, ils
se persuadent qu'à chaque détour du chemin ils vont, comme le héros de
Cervantès, voir apparaître l'Aventure, la chose nouvelle, l'évènement,
le spectacle imprévus, ce je ne sais quoi d'étrangement exquis que les
sédentaires (ils le croient du moins) ne sauraient rencontrer.

Et c'est là proprement le charme du voyage; il est dans le renouvellement
indéfini de notre faculté d'attendre avec joie. Voyager c'est espérer;
voilà pourquoi le voyage est parfois un remède efficace aux grands
chagrins. Il nous force à espérer encore. Un désir de voyage est
essentiellement un désir de nouveau et d'amusant, d'inédit, de romanesque
ou de féerique--en tous cas, de non-encore-vu.


L'avènement de l'exotisme en littérature a été un rajeunissement.

Le personnage de Robinson Crusoë incarne le voyage même, et il semble bien
que jamais livre n'obtint succès plus grand et plus durable.

L'apparition de Paul et Virginie fut un enchantement. C'étaient Adam et
Ève tout enfants, dans un Éden tout nouveau. Le voyage avait rajeuni
l'innocence et l'amour même.

La curiosité et l'espoir se sentirent vivifiés avec Chateaubriand, puis
avec Pierre Loti.

Nous autres, écoliers du XIXe siècle, n'avons-nous pas lu un moment, avec
avidité, derrière un rempart de dictionnaires, de médiocres histoires de
chasses en Amérique, d'Apaches et de Comanches--et sans images. Quant à la
vraie géographie, à l'ethnographie scientifiques, avant les reclus, elles
se présentaient à nous sans ornement, sans pittoresque, sans couleur--dans
des livres un peu ennuyeux et qui, en effet, nous rebutaient souvent.

On a compris aujourd'hui que les livres «d'instruction» destinés aux
enfants doivent s'adresser à leur sensibilité, se faire aimer d'eux,
exciter en eux «l'espérance,» la bonne curiosité, c'est-à-dire la joie
de vivre.


Les éditeurs des «Arts Graphiques» ont le projet de publier des ouvrages
dont les illustrations, vivantes et colorées, documents précis, seront à
la fois destinés aux jeunes écoliers et aux hommes, ouvrages d'éducation
et d'amusement pour les uns, albums de souvenirs pour les autres.


Les six premiers volumes sont consacrés à l'Espagne, au Maroc, à l'Égypte,
aux Indes, à la Chine et au Japon.

On n'attend pas ici une critique de textes, dus:

à Monsieur Fridel, Bibliothécaire du Musée Pédagogique, Ancien Chef de
Cabinet de Monsieur le Ministre de l'Instruction Publique, auteur du
volume sur l'Espagne;

à Monsieur le Commandant Haillot, détaché à Casablanca, collaborateur
au _Figaro_, auteur du volume sur le Maroc;

à Monsieur Jean Bayet, docteur en droit, auteur du volume sur
l'Égypte;

à Monsieur le Capitaine Marcel Pionnier (capitaine Baudesson), Chargé
de Missions par le Gouvernement, auteur du volume sur les Indes;

et enfin à Madame Judith Gautier, Membre de l'Académie Concourt, auteur
des volumes sur la Chine et le Japon.


On trouvera, parmi les signataires des six volumes qui suivront, des noms
des plus connus.

Avec de tels noms d'auteurs, l'ensemble de ces ouvrages se présente
assez heureusement de soi-même au grand public; mais ce qu'on peut tout
particulièrement lui signaler, c'est l'intérêt que présentent les jolies
planches en couleurs dont ces livres sont enrichis. La valeur documentaire
positive en fait le premier mérite; il est décuplé, pour la plupart de ces
planches, par l'attrait que leur donne le ton à la fois juste et aimable
des coloris.

J'imagine que beaucoup de ces illustrations sont des photographies en
couleurs prises directement; tels autres sont des aquarelles, assurément
exécutées d'après nature; et toutes ces images sont des «portraits de
pays» ressemblants et vivants.

Commenté par de pareilles images, le texte parlera aux yeux des enfants,
fixera leur attention; et, après les avoir vues, ils n'oublieront plus le
pays où ils croiront avoir réellement voyagé.


En chaque série se résument les caractères généraux, très différents--des
grandes contrées qu'elles mettent sous nos yeux.

J'ouvre, au hasard, l'une d'elles: voici un «Bazar à Marrakech»; la
disposition des boutiques sous le toit de poutres qui, çà et là, laisse
par un trou, voir l'éclat du ciel, voilà qui attire invinciblement
ma curiosité et la retient; puis c'est l'allure des passants qui la
sollicitera; puis la qualité de l'ombre lumineuse qui règne sous ce
«couvert»; et j'ai tout revu du Maroc, si je l'ai visité autrefois;
j'en ai tout vu et appris, si je ne le connaissais pas.

Bien plus parlant encore m'apparaît ce maigre personnage de bonze noir, le
«Porteur de dépêches,» qui, son bâton horizontal sur le dos, à la hauteur
des épaules, les coudes en arrière, les mains comme accrochées et pendues
aux extrémités de sa matraque, d'un pas large et fatigué, chemine dans
le crépuscule--sur le ciel vert et jaune, se détachent là-bas, le profil
d'une habitation mauresque et les silhouettes de deux bédouines...
Cet étique fantôme, c'est le facteur de là-bas, le porteur de rêves,
d'espérances, de déceptions aussi, l'incarnation même du voyage.


Dans «l'Égypte» on remarquera plus particulièrement les «Arabes du
désert.» Cette page donne l'idée exacte d'une course de chameaux comme
j'en ai pu voir moi-même, non pas en Égypte, mais en Tunisie.

Et quoi de plus amusant, pour des yeux d'écolier, que «l'École d'enfants
dans la Mosquée du Sultan Kelaun,» les bambins assis à terre, leurs
babouches à côté d'eux--le maître «assis en tailleur» dans sa grande
chaise ajourée!

Certes, la photographie, de nos jours, nous présente partout et à toute
heure des documents aussi précis, mais non pas avec cette variété et cette
gaîté de couleurs, qui, pour les petits et les grands, est un attrait des
plus vifs... qu'on se rappelle l'influence de l'ancienne et naïve imagerie
d'Épinal sur nos cerveaux enfantins. Heureux les enfants d'aujourd'hui!


Comment, avec des mots, à moins d'être Pierre Loti, donnerez-vous au
lecteur l'idée de ce que peut être un prince hindou, un maharadja en grand
costume? Et que vous en dirait la photographie sans la couleur? Comment
saurez-vous que l'éléphant qui porte ce prince est vêtu d'un brocart d'or?
que le char sans roue, le trône qu'on voit sur le dos de l'énorme animal
est, comme le prince, un ruissellement de dorure? L'image coloriée peut
seule le dire; à elle seule elle est un conte féerique; et voilà une
façon gaie d'apprendre aux bambins ce qu'est un maharadja et dans quelles
somptuosités il parade parfois, sous un parasol d'or, et sur un éléphant
recouvert d'or flamboyant et de pierreries rutilantes.


Le texte des deux volumes sur la Chine et le Japon a été demandé à Madame
Judith Gautier.

Personne ne pouvait mieux qu'elle parler de cette Chine «qui a inventé
tout ou presque tout, à une époque des plus reculées. Il y a quatre mille
ans les chinois se servaient déjà de boussoles. Bien des siècles avant
, ils avaient inventé l'imprimerie, ils gravaient des livres
qu'ils tiraient en nombre illimité. Ils ont inventé la soie, il y a 4500
ans. Ils ont même inventé la poudre: il y a neuf siècles, ils en emplirent
des globes de fer qu'ils lançaient à l'aide de tubes: c'était presque des
obus.»

Madame Judith Gautier nous parlera des mœurs, des usages, de la poésie de
ce pays où une justice extraordinaire, qui paraît se complaire à inventer
les supplices les plus hideux, permet aux criminels les plus redoutables,
lorsqu'ils sont condamnés à mort, de s'acheter un remplaçant parmi les
citoyens pauvres et honnêtes.

Dans le volume sur la Chine, je vous signale la planche où sont
représentés «Les cormorans pêcheurs.» Elle est, par elle-même, des
plus explicatives.



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